16 juillet 2012

Tilda 'Tatie Daniellle" Chelton..décès

C'est avec une infinie tristesse que j'apprends le décès de notre "chère "Tatie Danielle"....Tsilla Chelton, la doyenne des comédiennes est partie à l'âge de 94 ans, après une carrière longue de près de 70 ans...J'avais eu le joie de la rencontrer en privé chez elle à Forest, et j'avoue que de la savoir partie me fait très mal, même si vu son âge, cela reste dans l'ordre des choses. En effet, ce fut une rencontre inoubliable avec une dame pas plus haute que 3 pommes, mais débordante de vie et de joie. Pendant une grande partie de l'après-midi, nous avons discuté de tout de rien, du thé préparé par sa femme de compagnie, de son superbe jardin, de l'endroit où elle habitait et de ce qui s'avèrerait finalement être l'un de ses derniers films.....Pandora's Box.., juste avant Soeur Sourire..

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tsilla_Chelton

Je joins mon interview  qui définit encore mieux que les mots, qui était Tsilla Chelton.. RIP In peace wonderful Lady!

oandora's at abu dhabi
Dans la mythologie grecque, la boîte de Pandore était une jarre renfermant tous les maux de l’humanité...Dans son quatrième film, la réalisatrice turque Yesim Ustaoglu, réutilise ce mythe pour faire d’une petite mamie chétive et perdue le détonateur d’une implosion familiale. Celui-ci met en scène la question problématique de l'hébergement de la vieille grand'mère atteinte de la maladie d'Alzheimer - interprétée d'une manière subtile et pimpante par l'actrice franco-anglaise Tsilla Chelton dans une prestation essentiellement gestuelle, et qui sous sa tignasse blanche, ses charentaises bien trop grandes, et sa mémoire en fuite est tout simplement exceptionnelle. Cette fabuleuse comédienne de théâtre, loin de Mam de Melting Pot Café (Rtbf) mais assez proche de par le côté austère du personnage de Tatie Daniel, le corps enfermé dans un profond mutisme, délivre une prestation tout en finesse et fait se raviver au sein de la famille des frustations et disfonctionnements familiaux mis en veilleuse pendant des années. Lorsque par moment, sa mémoire défaillante lui revient, c'est par fêlures familliales qu'elle s'extériorise.
pandoranin_kutusu14pandoranin_kutusu1pandoranin_kutusu13La réalisatrice fait s'opposer, sur le mode d'une fable poétique, la relation privilégiée qui va se développer entre la grand'mère catalyseur de l'histoire, et pièce maitresse du film, et le petit-fils, fugueur à ses heures et incompris par ses parents. De leur rencontre naissent les travers de chacun : la frustration de la fille aînée, l’égoïsme de sa cadette, l’immaturité du benjamin. Après un début en forme de Road-movie où l'on passe d'un petit village à Istambul, la "Boite de Pandore" s'ouvre sur une chronique familiale, où l'on retrouve Nesrin, femme au foyer mariée, et mère de Murat, qui n'a de cesse de se rebeller contre l’autorité parentale. Guzin, sa sœur, journaliste célibataire vivant une histoire d’amour à sens unique avec un homme qui ne la respecte pas. Et Mehmet, le frère trentenaire, paumé et désoeuvré, qui vit dans un bordel indescriptible, et passe ses journées à boire comme un trou et à fumer des joints. C'est pourtant dans cet endroit sordide que Murat et la grand'mère qui se sera "sauvée" une fois de plus, tisseront des liens. A eux deux, ils vont en faire voir des vertes et des pas mûres au reste du clan, tout en délivrant un magnifique message d'espoir.

Le film démarre sur une belle scène, et se termine également par une lyrique de Nesrin dans les (ses) montagnes qu'elle aime tant. Belle métaphore et beau retour aux sources!

tsilla crédit photo MichCiné
Et c'est avec cette dernière image d'une alerte nonagénaire dans la mémoire que je me suis rendue au rendez-vous avec Tsilla Shelton. Je n'ai pas été déçue. Alors que les entretiens durent en général 30 minutes, je ne suis sortie qu'une heure et vingt cinq minutes plus tard. Une vraie "babelute" comme on dit chez nous. C'est dans son salon de Forest avec une tasse de thé à la menthe que la grande comédienne m'a confié avoir été emballée par la réalisatrice Yesim Ustaoglu qui en débarquant chez elle était convaincue que le rôle était pour elle. "J’ai eu envie de la suivre, puisqu’elle m’a fait entièrement confiance. Dès que je l’ai vue, j’ai eu envie de travailler avec elle, avant même d’avoir lu le scénario. J’ai immédiatement été séduite par sa personnalité". Et pour le turc? "
Je ne voulais surtout pas être doublée. J’ai appris le rôle en turc avec un coach. Je joue le rôle d’une paysanne de souche. Je ne devais donc surtout pas avoir d’accent, et surtout je comprenais tout ce que je disais." (sourires). Et de joindre le geste à la parole. "Tatie Daniel m' à gratifiée de quelques phrases en turc, auxquelles je n'ai rien compris. Mais cela n'avait pas trop grande importance, car emportée par son élan, Tsilla est repartie de plus belle dans ses souvenirs de tournage. Et croyez-moi, ici pas question d'Alzheimer. Tout est bien clair et précis! "j’ai découvert un pays qui à sa place dans l’Europe, nous avons été jusque dans le quartier branché d’Istanbul, qui ressemble un peu à Saint-Germain-des-Prés. Les jeunes femmes n’ont rien à envier à l’élégance ni à l’audace des Parisiennes. Et même dans le quartier kurde, zone de non-droit où même la police ne met pas les pieds, on nous a laissé tourner sans problème" Fort curieusement, la comédienne m'a encore confié que les gens malheureusement ne retiennent que son rôle de vieille acariâtre dans Tatie Daniel, alors qu'elle est sur les planches depuis plus de soixante ans. " J’ai aussi enseigné plus de trente ans et ces années sont pour moi très formatrices. Tout ce que l’on sait intuitivement, doit être transmis. Le cours que je donnais ne comptait jamais plus de 15 élèves parce qu'il faut cerner ses élèves dès le début. Dans ce domaine, je ne crois pas aux cours particuliers. Il s’agissait pour moi de cerner les individus, presque comme un analyste sans être bien psychologue. (Elle a enseigné aux futures stars du Splendid - Gérard Jugnot, Michel Blanc, Thierry Lhermite (NDLR) "J'ai aussi joué beaucoup d’auteurs contemporains. Ionesco pendant plus de douze ans lors de mon arrivée à Paris en 1945, ou encore Beckett La poésie à toujours fait partie de ma vie et j'ai créé des récitals de poésie en Belgique (où elle vit désormais, jugeant les loyers trop élevés en France )en choisissant les poèmes les plus connus de Verlaine, Baudelaire ou Rimbaud. J’ai travaillé deux ans une dizaine de textes. Je les dis dans de petites salles comme celles de Mons ou Moucron parce que l’on ne peut pas hurler des poèmes ou « envoyer » la voix comme sur la scène du Français" C'était essentiellement pour Pandora's Box que j'allais à sa rencontre, mais le verbiage, la culture, la diction de Tsilla m'ont tellement épaté que j'aimerai qie le public en garde le même souvenir que moi, à savoir une petite bonne femme énergique, pleine de saveur, exquise, charmante, cultivée, et pour laquelle j'ai le plus profond respect, et une immense admiration...

Interview du 14 octobre 2009

Commentaires

C'est un très belle hommage à cette grande dame..Merci Micheline...bisous

Écrit par : Martine | 16 juillet 2012

magnifique hommage rendu à cette grande dame que j'admire !

Écrit par : Muriel | 16 juillet 2012

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