23 juillet 2013

La Vie d'Adèle en ouverture du Fiff!

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LA VIE D’ADELE ouvre le Festival de Namur!

 

La 28ème édition du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) se déroulera du 27 septembre au 4 octobre 2013. Pour lancer les festivités, c’est le film LA VIE D’ADELE - Chapitres 1 et 2 d’Abdellatif Kechiche, Palme d’Or au dernier Festival de Cannes,  qui sera présenté en gala d'ouverture le vendredi 27 septembre, en présence de son réalisateur

imagesCAAUNUVP.jpgLe film est porté par deux comédiennes formidables : Léa Seydoux (Bayard d’Or de la meilleure comédienne pour La Belle Personne de Christophe Honoré en 2008) et Adèle Exarchopoulos (présente au FIFF l’an dernier avec le film Des morceaux de moi de Nolwenn Lemesle, Bayard d’Or de la meilleure première œuvre).

 

A 15 ans, Adèle (Adèle Exarchopoulos) ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma (Léa Seydoux), une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres, Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve…

 

Il s’agit donc d’une nouvelle étape dans la belle histoire qui lie Abdellatif Kechiche et le FIFF ! Né à Tunis, l’acteur, scénariste et cinéaste français Abdellatif Kechiche est en effet un habitué de Namur. En 1992, il décroche le Bayard d’Or du meilleur acteur pour sa performance d’un jeune prostitué tunisien dans BEZNESS de Nouri Bouzid. En 2000, son premier long métrage en tant que réalisateur, LA FAUTE A VOLTAIRE, y remportait le Prix Spécial du Jury et le Prix du Jury Emile Cantillon pour la meilleure première œuvre (ainsi qu’un Lion d’Or à Venise). En 2011, Abdellatif Kechiche revenait à Namur comme Président du Jury Longs Métrages afin de décerner les Bayards d’Or.

Entre-temps, il a réalisé trois autres longs métrages tout aussi remarqués : L’ESQUIVE en 2003 (César du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et du meilleur espoir féminin), LA GRAINE ET LE MULET en 2007 (Prix Spécial du Jury à Venise, César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario) et LA VENUS NOIRE en 2010 (avec Olivier Gourmet, président d’honneur du FIFF). Avant de se lancer dans la réalisation, Abdellatif Kechiche a débuté sa carrière devant la caméra : en 1984, il tient le rôle principal dans LE THE A LA MENTHE d’Abdelkrim Bahloul puis enchaîne en 1987 avec LES INNOCENTS d’André Téchiné et en 1992 avec BEZNESS.

 

images21.jpgEntretien avec Abdellatif Kechiche

 

Pourquoi avez-vous choisi d’adapter la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, pour réaliser votre cinquième film La Vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2 ?

 

Il s’agit d’une très libre adaptation de cette bande dessinée.

 

Mais ce qui a déclenché mon envie, mon désir de réaliser La Vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2, est la conjonction de deux éléments : la lecture de la bande dessinée et un projet de film que j’avais depuis longtemps. J’avais en effet, depuis mon film L’Esquive [2003], un projet de scénario sur le parcours d’une professeure de français passionnée de théâtre. Ce qui m’intéressait c’était de développer un personnage de femme qui voulait transmettre, et qui accomplissait son travail avec passion. En même temps, cette enseignante assumait les répercutions sur son métier de ce qu’elle vivait dans sa vie privée, c’est-à-dire ses amours, ses deuils, ses ruptures. J’avais côtoyé plusieurs de ces professeurs hommes ou femmes durant la période de L’Esquive. J’étais touché par la façon dont ils vivaient leur vocation. C’étaient de vrais artistes, ils avaient le désir de la lecture, de la peinture, de l’écriture... On se souvient tous de ce moment charnière de notre vie scolaire où un prof passionné nous emmenait voir tel film, ou nous poussait à lire tel livre, et peut-être, faisait naître des vocations en chacun d’entre nous. Mais mon scénario finalement n’a jamais vraiment abouti. Et lorsque je suis tombé sur cette bande dessinée, Le Bleu est une couleur chaude, racontant cette histoire d’amour absolue entre deux femmes, et, en même temps, le récit d’une jeune fille qui devient institutrice, j’ai vu comment je pouvais faire se rencontrer ces deux projets.

 

La vocation est en effet une thématique très forte chez les deux héroïnes de votre film, vocation de peintre pour l’une, vocation d’enseignante pour l’autre.

Je trouve extrêmement respectable et légitime la notion de vocation, et ce, d’autant plus lorsque ce sont des vocations anonymes, des vocations pleines d’abnégation, qui ne cherchentpas la reconnaissance des autres. Je suis plein d’admiration pour ça, ces institutrices, ces profs qui sont passionnés par le résultat de leurs élèves. Ca devient un élément de leur vie, c’est leur satisfaction.

 

Votre film est aussi et surtout une histoire d’amour, et d’amour au féminin, entre deux femmes.

Raconter une histoire d’amour entre deux femmes c’est donc travailler pleinement avec deux actrices, c’est un travail qui me passionne et qui se révèle de plus en plus important, au fur et à mesure de mon parcours cinématographique. Je me pose la question de ce qui dans l’histoire, issue de la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude, a été le plus inspirant, le plus déclencheur. Est-ce que ce sont les planches de corps nus ? C’est possible. Les motivations très précises finalement, je ne les connais pas.

 

Justement, comment avez-vous choisi vos deux héroïnes, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos ?

J’ai d’abord rencontré Léa Seydoux pour le rôle d’Emma. Elle avait la beauté, la voix, l’intelligence et la liberté du personnage. Mais surtout ce qui a été déterminant lors de ma rencontre avec Léa, c’est son regard sur la société, elle est très à l’écoute du monde qui l’entoure, elle est empreinte d’une réelle conscience sociale. Il y a en elle un véritable engagement vers le monde, qui correspond beaucoup au mien. J’ai pu m’en rendre vraiment compte puisque j’ai passé un an avec elle, entre le moment où elle a été choisie pour le rôle et la fin du tournage.   Par ailleurs, je trouvais qu’il y avait en Léa quelque chose qui est de l’ordre de ce qu’on pourrait appeler « l’arabité », quelque chose de l’âme arabe. Elle m’a appris plus tard qu’elle avait des demi-frères arabes, je ne le savais pas. Léa a une façon de traverser la vie, pleinement consciente que tout passe. C’est une façon aussi d’accepter les vicissitudes de la vie. Cela a à voir alors avec le nomadisme, l’errance, quelque chose qui est de l’ordre de la mélancolie, ce qu’on appelle le « mektoub ». Léa est empreinte de ça, de cette façon de passer dans le monde.

adele.jpgEt pour Adèle Exarchopoulos ?

Nous avons fait un gigantesque casting, et dès que j’ai vu Adèle, je l’ai choisie. Je l’avais invitée dans une brasserie. Elle a commandé une tarte au citron, et à sa façon de la manger, je me suis dit : « c’est elle ». Elle est « dans les sens », sa façon de bouger sa bouche, de mâcher...La bouche a été un élément très important pour ce film, et même les deux bouches des deux héroïnes, elles étaient très déterminantes et ce, pour des raisons très humaines. Elles provoquent toutes sortes d’impressions, de sensations. On est touché par quelque chose dans un visage, un nez, une bouche. Pour moi, c’est le moteur des choses.

 

Pourquoi avez-vous choisi de changer le prénom d’une des héroïnes, qui dans la bande dessinée, s’appelle Clémentine et dans le film s’appelle Adèle ?

 

Clémentine est devenue Adèle, parce que j’ai eu envie de garder le prénom de mon actrice. Cela ne la dérangeait pas. Je crois même que cela l’a aidée à fusionner avec son personnage et moi aussi avec elle. C’est une question de résonance enfin : Adèle, Emma, Léa... ce sont des prénoms légers, aériens. C’est évidemment subjectif. Et puis il y avait son sens en arabe. Adèle, ça veut dire justice en arabe, ça me plaisait bien.

Pourquoi avez-vous choisi de traiter l’homosexualité comme un thème uniquement d’amour comme les autres, sans revendications spécifiques par rapport à la façon dont la société peut parfois se montrer intolérante ?

Mais en tant que français d’origine arabe, territoire où l’homosexualité n’est pas toujours comprise, cela ne peut qu’avoir un impact fort et positif qu’une figure comme la vôtre choisisse de traiter et de filmer une telle histoire ?

Quand j’ai terminé le film, je me suis dit : « ça va faire du bien à la jeunesse tunisienne. » Une révolution ne se fait pas sans être aussi une révolution sexuelle.

Je n’avais rien à dire de militant sur l’homosexualité. Je ne cherchais pas à la définir et durant toute la fabrication du film je ne me suis jamais posé

La question : « ah oui, ce sont deux femmes... ». J’avais plus le sentiment de traiter, de raconter l’histoire d’un couple, du couple. La problématique de l’homosexualité, je ne voyais pas pour quelles raisons je l’aborderai spécialement, car la meilleure façon, si je devais avoir un disours sur ce sujet, ce serait de ne pas en avoir, de filmer cela comme n’importe quelle histoire d’amour, avec toute la beauté que cela comprend.

 Mais en tant que français d’origine arabe, territoire où l’homosexualité n’est pas toujours comprise, cela ne peut qu’avoir un impact fort et positif qu’une figure comme la vôtre choisisse de traiter et de filmer une telle histoire

Quand j’ai terminé le film, je me suis dit : « ça va faire du bien à la jeunesse tunisienne. » Une révolution ne se fait pas sans être aussi une révolution sexuelle.

Ce à quoi j’aspirais quand on tournait ces scènes, c’était de montrer ce que moi je trouvais beau. Nous avons donc tourné ces scènes comme des tableaux, des sculptures. On a passé beaucoup de temps à les éclairer pour qu’elles soient vraiment belles, après, la chorégraphie de la gestuelle amoureuse se fait toute seule, avec le naturel de la vie. Il fallait les rendre belles visuellement donc, mais tout en gardant la dimension charnelle. On a beaucoup cherché, travaillé. On a beaucoup discuté, mais les discussions finalement ne servaient à rien. On parle beaucoup sur un plateau et au final tout ce qu’on a dit ne compte pas tant que ça, parce que tout ce qu’on dit est très intellectualisé, mais la réalité est plus intuitive.

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